Du 18 au 22 novembre 2019, la FENVAC s’est rendue en Corée du Sud à Ansan, banlieue proche de Séoul, sur invitation de la Fondation 4.16 (4.16 Foundation), association de victimes et proches de victimes du naufrage du Sewol (du 16 avril 2014), lors duquel 304 passagers sont décédés. Compte tenu de son expérience acquise depuis plus de 25 ans en matière d’accidents collectifs, la FENVAC a ainsi participé, aux côtés d’autres témoins internationaux, au Congrès organisé par la Fondation 4.16, ayant pour objet « d’envisager les droits des victimes dans une société à risque : comment préserver les droits des victimes de catastrophes ? ».

Le naufrage du Sewol : maintenir la plaie ouverte ?

Les représentants de la Fédération ont d’abord été amenés sur les différents sites commémoratifs du naufrage du Sewol. Trois lieux sont ainsi consacrés à la mémoire des défunts.

Le premier se situe au lycée Danwon, à Ansan. Il est dédié aux nombreux lycéens disparus, alors qu’ils se rendaient dans le sud du pays, accompagnés de leurs enseignants, pour suivre des cours supplémentaires. Afin de ne pas les oublier, les parents ont milité auprès des autorités publiques coréennes pour que l’établissement conserve la trace de leurs enfants. Les salles de classe ne sont plus utilisées à des fins scolaires : les effets personnels des élèves victimes ont été rassemblés sur les pupitres qu’ils occupaient avant le drame, auxquels se sont ajoutés des souvenirs et messages laissés par les familles. Le lieu d’étude est ainsi devenu un lieu de commémoration, à la fois troublant et touchant.

À quelques centaines de pas, le nouveau lycée accueille également un monument en leur mémoire, pour que les générations futures n’oublient pas la tragédie du 16 avril 2014. Surplombant l’ensemble scolaire, l’œuvre architecturale domine la cour et les terrains de sport des lycéens.

En ce qui concerne les victimes extérieures au lycée Danwon, un dernier endroit permet aux familles de se recueillir, en banlieue proche d’Ansan. Un bâtiment récent et massif leur ait consacré, en plein cœur d’une petite vallée, une aile accueillant leurs souvenirs, l’autre retraçant le naufrage du navire.

Tous ces sites montrent à quel point la société civile coréenne a été choquée par le drame. D’autant que les causes de l’accident n’ont pas pu être précisément déterminées, certains suspectant même un acte volontaire compte tenu de diverses circonstances : inaction des secours lors du sauvetage, messages incitant les passagers à rester dans les cabines, etc.

Qui plus est, l’opinion publique, d’abord frappée, s’est par la suite montrée divisée, entre d’un côté les familles des victimes en quête de réponses et de l’autre une partie de la population considérant qu’une fois le temps du deuil passé, il convenait de « passer à autre chose » et d’oublier la tragédie. Double peine pour les familles qui se sont battues et se battent encore pour que la gestion désastreuse de cette catastrophe puisse servir de leçon aux générations futures. C’est d’ailleurs dans cette optique que la Fondation 4.16 s’est constituée, et a organisé ce congrès international sur la préservation des droits des victimes.

Apprendre de la catastrophe

« The frequency of disasters increases by day all over the world. We live in a risk society in which disasters are everyday phenomena1 ». C’est par ces propos que JungHeun Kim, membre du conseil d’administration de la Fondation 4.16, a commencé le congrès ayant pour thème « Comment préserver les droits des victimes de catastrophes ? ». À cet effet, différents témoins internationaux, britanniques, nouveaux zélandais et français, ont été invités par l’association afin que la Corée du Sud puisse bénéficier des acquis étrangers en ce qui concerne la préservation des droits des victimes.

Etait notamment présente Anne Eyre, représentante de l’association « Disaster Action », qui a fait part du vécu outre-manche de l’association britannique venant en aide aux victimes dans des accidents de grande ampleur. Son expérience a fait écho à celle de la FENVAC, représentée par sa Directrice générale, Sophia Seco. Sans tabou, la délégation française a exposé la pratique française, ses avantages et particularités, à l’instar de la faculté pour les victimes de se constituer partie civile aux cours des procès, mais aussi ses failles et ses faiblesses.

Se sont également succédés les nombreux témoignages de victimes, tant du naufrage du Sewol par des membres de la Fondation 4.16, que des proches de victimes du Stellar Daisy, minéralié naufragé du 31 mars 2017, représentée par Kyoungju Heo, sœur de l’un des marins décédés.

À la lumière de ces présentations et témoignages, ainsi que des échanges avec la salle, la sauvegarde des droits des victimes semble rencontrer les mêmes difficultés partout dans le monde : absence de reconnaissance d’un véritable statut, faible audibilité de la parole de la victime, et lutte quotidienne dans l’obtention de réponses sur les causes des accidents.

Cette convergence de position a d’ailleurs été approfondie le lendemain à travers une table ronde. Les associations locales ont posé de nombreuses questions aux intervenants étrangers, dont la FENVAC. Organisation interne, relations avec les institutions et les médias, conseils et aides à prodiguer aux victimes, les sujets abordés étaient nombreux, les intervenants montrant un véritable intérêt pour les systèmes étrangers dans l’optique de faire émerger des pistes d’amélioration pour le système coréen.

Enfin, invités par HeeCheon Choi, directeur général de la Commission spéciale d’investigation des catastrophes, les membres de la FENVAC ont pu visiter les locaux de cette commission d’enquête coréenne très singulière. Instituée sur décision du Gouvernement, cette autorité a pour mission d’enquêter précisément sur les causes et les responsabilités éventuelles dans la survenance de catastrophes, dont le Sewol. Extérieure à la justice, indépendante, la Commission spéciale dispose de véritables pouvoirs d’enquête et de coercition. Son Président a pour mission d’établir des rapports déterminant les circonstances ayant menées à l’accident collectif désigné, sur lesquels les juges coréens peuvent s’appuyer dans leur jugement. Institution récente, sa mise en place et son organisation constituent une véritable source d’inspiration pour les modèles étrangers, la Corée du Sud faisant par là même œuvre d’une innovation dont le devenir sera certainement à étudier.

Ce congrès, outre ses échanges de qualité, a permis à chacun de nouer des partenariats internationaux de qualité. Un premier pas mené dans la recherche d’un cadre de droits pour les victimes, général et protecteur.

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